... dont on peut s'échapper

  


   Nous allons maintenant voir que certains nord-coréens arrivent à prendre conscience de leur situation, malgré la grande efficacité du lavage de cerveau de ce régime, et parfois, décident de s'en soustraire. Cependant, l'évasion est difficile. En effet, la frontière du sud est matérialisée par la zone coréenne démilitarisée, une zone minée et surveillée par sept cent mille militaires nord-coréens et plus de quatre cent soldats du Sud, ce qui en fait la zone la plus militarisé du monde. De plus, cette frontière est parcourue d'un mur orné de barbelés de plus de trois mètres de haut. Quant à la frontière nord, séparant le régime totalitaire de la République Populaire de Chine, elle suit le long des fleuves Yalou et Tumen et est longée de barbelés sous tension.

   Mais certains sont arrivés à traverser ces frontières, et ont témoigné de leur histoire. Nous allons donc utiliser ces témoignages pour se rendre compte de l'enfer nord-coréen.



Couverture du livre "Rescapé du camp 14"

   Shin Dong-huyk, trente ans, est né dans un camp d'internement (le centre de détention de Kaechon) dans les montagnes nord-coréennes: le camp 14. A vingt-deux ans, il est arrivé, non sans peine, à s'échapper. 

   Dix-huit mois après son évasion, un journaliste, Blaine Harden, a recueilli son témoignage, qui montre non seulement l'atrocité de l'enfer des camps, mais aussi la prise de conscience de certains nord-coréens.

   Enfant de deux détenus, il a été élevé par les gardiens du camp. Il n'a jamais connu son père et a dénoncé sa mère et son frère aîné alors qu'ils essayaient de fuir. Ils ont été exécutés.

   A l'intérieur, l'adolescent était soumis à un travail forcé de dix-huit heures par jour dans des conditions inhumaines et a subi la torture pour dénoncer ses proches. Il témoignera: "Ils m'ont pendu au plafond, les pieds liés, et ils ont allumé un feu sous mon dos"

   Sa prise de conscience du monde extérieur s'est faite par l'intermédiaire d'un prisonnier qui lui racontait la vie en dehors du camp. Notamment, la possibilité de manger à sa faim. C'est cette raison qui l'a poussé à s'évader.

   Il réussit à s'échapper en passant par dessus le corps de son compagnon d'évasion, qui pour ça part, n'est pas allé plus loin que la barrière électrique qui enclave les détenus. Après avoir parcouru six cents kilomètres et erré dans un monde inconnu et hostile, il fut pris comme esclave dans des fermes sur la frontière nord. Après avoir retrouvé la liberté, en traversant un fleuve gelé pour arriver en Chine, il est envoyé en Corée du Sud et confié au consulat. Il habite aujourd'hui entre Séoul et Seattle.

   "Mais il souffre toujours. Il n’arrive pas à se débarrasser du remords tardif d’avoir dénoncé sa mère et son frère en sachant qu’ils seraient abattus. Il a refusé toute psychothérapie." précise Blaine Harden. En effet, il souffre d'un stress post-traumatique qui l'a obligé d'être pris en charge dans un hôpital psychiatrique pendant quelques mois comme beaucoup de de réfugiés nord-coréens. Blaine Harden, à ce sujet là, soulève le problème du grand nombre de personnes à soigner après la chute du régime de la dynastie Kim.

   Une journaliste du Figaro, Astride De Larminat, écrira dans un article: "Son témoignage ne fait malheureusement que confirmer ce que l'on n'ignorait plus depuis les camps nazis, soviétiques et khmers rouges: l'homme est capable de créer un enfer pour ses semblables. Il a néanmoins quelque chose d'unique, dans la mesure où Shin est né dans ce camp et y a été éduqué. La seule morale qu'on lui ait inculquée, c'est de dénoncer ses compagnons de captivité. Après son évasion, l'éveil de sa conscience sera extrêmement douloureux. Lorsqu'il commence à raconter son histoire, dix-huit mois après s'être échappé en passant par la Chine, il est terrifié à l'idée qu'on lui demande s'il est bien un être humain."

   Une vidéo d'un interview de cet homme est disponible dans l'onglet "vidéos" du site ou en appuyant ici.


   Eunsun Kim, elle aussi, s'est échappée d'un camp nord-coréen. Cependant, elle n'y est pas née: sa mère a décidé de fuir son pays pour sauver ses deux filles de la meurtrière famine des années 1990. "Nous n'avions qu'une idée en tête en traversant la rivière Tumen gelée qui fixe la frontière avec la Chine: manger! Ce n'est que plus tard que j'ai développé ma conscience politique et compris l'horreur de ce régime totalitaire" explique Eunsun lors d'un interview. Après avoir réussi à traverser la frontière sino-coréenne par le Tumen gelé, elles sont prises comme esclaves par un paysan chinois avant d'être renvoyées en Corée du Nord, dans un camp de rééducation pour subir un lavage de cerveau intensif.

   Mais, animées par la volonté de vivre libres, elles réussirent à nouveau à s'évader, et à rejoindre la Chine. Après avoir traversé le désert de Gobi à pied, elles sont enfin arrivées en Corée du Sud où elles vivent encore aujourd'hui.

   Eunsun écrit dix ans plus tard son histoire dans son livre Corée du Nord, 9 ans pour fuir l'enfer.

   Elle nous apprend que les femmes nord-coréennes sont plus nombreuses que les hommes à s'évader. En effet, elles représentent près de soixante-dix pourcents des vingt-trois mille réfugiés en Corée du Sud. Elle explique: "Je crois que psychologiquement les femmes sont plus à même de désobéir au régime et de fuir pour sauver leurs enfants, par exemple. Les hommes respectent plus le système"

   Elle est aujourd'hui fiancée à un homme s'étant lui aussi échappé de "l'enfer". Il s'est enfuit en Chine avant d'être rattrapé par la police puis envoyé en camp de travail. Il décrit lui aussi les conditions inhumaines vécues par les internés: "Ils étaient entassés à cinquante dans une pièce de quarante mètres carrés, et il n’y avait même pas de place pour s’allonger et dormir. Souvent, il a dû dormir debout, serré contre ses codétenus [...] Onze détenus sont morts de mauvais traitements dont l’un a succombé sous les coups des geôliers". Il est finalement arrivé à s'échapper et à rejoindre la Corée du Nord en passant par la Chine, comme Eunsun.

   Elle nous apprend aussi que les contrôles ont été renforcés depuis les années 2000. De plus, Kim Jong-Un a ordonné aux soldats présents sur les frontières d'ouvrir le feu sur les personnes tentant de s'évader du pays. L'évasion est donc beaucoup plus difficile aujourd'hui.


   Le petit orphelin Kim Hyuk, dont on a parlé dans la partie précédente, à aussi essayé de s’enfuir. Mais il a été rattrapé à la frontière et placé dans un camp de rééducation où il est resté vingt mois. Il a finalement réussi à rejoindre la Chine avant d'aller en Corée du Sud.


 

Affiche du documentaire "The Defector, escape from North Korea"    The Defector est un film documentaire réalisé en 2012 par Ann Shin, une Canado-Coréenne. Ses ancêtres ayant vécu pendant la guerre de Corée, et connaissant l'atrocité vécue par les transfuges nord-coréens, elle a décidé de suivre un passeur, une personne aidant les nord-coréens rêvant de liberté à s'échapper du totalitarisme. Elle a donc pris contact avec plusieurs de ces personnes avant d'en rejoindre un en Chine et de s'engager avec lui dans ce voyage. Elle a donc suivi six transfuges dans leur périple.

   A partir des informations récoltées lors de son voyage, Ann Shin a créé un webdocumentaire, une aventure interactive, disponible ici. Il met l'internaute à la place d'un de ces transfuges, lui montrant le véritable périple de ces nord-coréens en quête de liberté et de droits.

 

 

 



   Ainsi, quelques personnes arrivent à s'échapper de l'enfer nord-coréen. Après avoir vécus dans des conditions inhumaines (famine, torture...), certains habitants de ce pays, particulièrement les femmes et leurs enfants, fuient par le Nord, en traversant le Tumen gelé ou avec l'aide d'un passeur. Mais une partie d'entre eux est victime d'esclavage. En effet, il y a des trafiques d'esclaves nord-coréens en Chine. Mais certains arrivent à s'échapper et à se rendre en Corée du Sud, leur "terre promise".

   Cependant, ces réfugiés sont souvent traumatisés par ce qu'ils ont vécu et ont parfois du mal à s'adapter à leur nouvelle vie dans un monde libre. De plus, il est de plus en plus difficile de s'enfuir de ce pays encerclé par des frontières qui deviennent de moins en moins franchissables.

 

   Aujourd'hui, plus de cinquante mille nord-coréens sont cachés en Chine, et plus de vingt-six mille habitent en Corée du Sud. Dans le monde, peu de gens connaissent la vérité sur la vie en Corée du Nord. Research Centre for North Korea, Amnesty International, First Steps Canada, Liberty In North Korea, Korean Canadian Cultural Association, Crossing Borders, NKHRFF sont des exemples d'organisations ayant pour but d'instruire le monde sur le véritable enfer vécu par les nord-coréens. Certaines aident et protègent aussi les évadés.

   Il faut que le monde prenne conscience de l'atrocité inhumaine qu'endurent quotiennement les nord-coréens soumis à ce régime totalitaire!